[ÉTUDE] Laboratoire de Communication Politique : le parti politique évaporé
Reputation Age et la Revue Politique et Parlementaire publient ce mois-ci le troisième numéro du Laboratoire de Communication Politique. Après l’analyse du recul de l’écologie dans le discours public et une étude sur la communication de La France Insoumise, le Laboratoire s’intéresse désormais à la place des partis politiques dans l’espace français.
Bien souvent, les partis politiques sont désignés comme des entités en voie de disparition. Il y a bien sûr un phénomène de baisse des adhésions : elles se sont effondrées (moins 80 % au PS depuis 1981, moins 94 % au PCF) mais les partis continuent de mobiliser, financer des campagnes, structurer le vote et fabriquer des candidats. Au fond, nous assistons à une transformation de forme, singulièrement dans la figure du militant.
Découvrez l’étude : Militant sans carte – Le parti vaporeux
Le sympathisant actif de 2026 partage des contenus sur les réseaux sociaux, fait des dons. Il accomplit exactement ce que faisait l’encarté des années 1980, c’est-à-dire un rôle de relais, de financement avec des différences majeures : il le fait sans carte d’adhérent, sans congrès, et sans aucun des droits qui allaient avec. Nous qualifions ce phénomène de « parti vaporeux » : le parti s’est ouvert vers l’extérieur tandis que son noyau dirigeant est resté très fermé.
Les partis français mutent donc. LFI revendique cette « vaporisation » dans son organisation au prix d’une démocratie interne quasi inexistante. Renaissance a été conçu sans mémoire militante, ce qui lui a donné une efficacité électorale redoutable en 2017 et une identité fragile depuis. Le RN est le seul à combiner une forte structure hiérarchique avec un fort effectif sympathisant numérique. Le PS et LR n’ont pas réussi leur mue.
Et si l’économie des plateformes avait réussi à influencer le fonctionnement politique ? L’étude des chiffres et des discours révèle que le sympathisant ressemble au travailleur de plateforme : corvéable et disponible à la demande, efficace en période de pointe, sans contrat, sans formation, sans représentation. Uber fait rouler des voitures sans employer de chauffeurs. Les partis font tourner des campagnes sans encarter des militants. La différence, c’est qu’Uber ne prétend pas faire de la démocratie. Bientôt des plateformes de mises en relation entre partis et militants ?