Communication ; Benalla bal des débutantes ou bal de l’incompétence ?

Voilà, c’est fini. En France les agonies culturelles prennent toujours du temps, mais la communication politique à la française est en mort clinique ce weekend, et il était temps. L’absolu inculture commerciale et marketing de nos élites et le mépris de classe qui l’a accompagné, ont créé un monde dingue où parler à la presse a constitué l’alpha et l’oméga de la communication politique. On a assisté à un mouvement continu de journalistes et de membres de cabinets ministériels vers des agences dites de communication qui étaient en fait des agences de Relation Presse, (ce qui n’est pas blâmable, c’est juste autre chose ) dont le talent consistait à avoir l’ensemble des rédactions dans son répertoire téléphonique.

La grande mystification a débuté, avec cinq marqueurs : 1/ on a confié des destins à des gens qui n’avaient jamais construit une marque ou une image d’entreprise de leur vie, et sans trouver cela baroque, 2/ on a trouvé intelligent stratégiquement des gens malins, 3/ on a trouvé rois des dispositifs, des gens tactiques, 4/ paradoxe savoureux, l’échec est devenu une boussole dans un métier marchant sur la tête ou deviennent stars les gens qui sont célèbres de leurs échecs, puisque les réussites n’ayant pas d’histoires, les échecs sont les seuls dont on parle, 5/ la compétence étant absente de ces cénacles ceux qui savent que la vérité est devenue un algorithme travaillent tranquillement aux manipulations scandaleuses.

Et ceci porte un nom ; Communicant. En arrivant à l’Elysée, J Pilhan qui vient d’agence sait qu’il fait un drôle de métier ne ressemblant à rien de ce qu’il faisait. Il va expliquer qu’en bon disciple de Foucault et Lacan ce que l’on ne nomme pas n’existe pas et il invente ce terme de communicant. Dans une agence on sait ce qu’est un stratège un planner, un channel planner, un créatif, un producteur, un digital strategist etc. mais un communicant on n’en a jamais vu dans une agence, ni dans les entreprises de l’économie compétitive. Les oiseaux de proie vont se précipiter sur le cadavre et faire un rapt sur le leg d’un nom ciselé pour un être ; dans sa pratique singulière, et qui vaudra pour compétence pour les autres, sans qu’ils en soient intimidés. Le monde cognitif n’a pas de notaires pour veiller aux transmissions indues.

Dans cette affaire on a pu constater à peu près toutes les erreurs, du manque de réactivité, au déni et à la minimisation, en passant par l’application au président de la stratégie du silence à tous sujets conjuguée une omniprésence contradictoire sur tout événement, en passant par l’absence de mise en perspective pour faire voir cela comme péripétie conjoncturelle et non comme ce qu’elle est devenue, structurelle; en passant par des porte-parole ambigus, on n’a pas découplé la part administrative de la part politique pour protéger un président, on n’a pas proposé de solution d’amélioration donnant rendez-vous pour un bilan reporté, on n’a pas construit de récit de ce qu’est cette présidence donc on n’a pu recaler cela dans le projet de la présidence, on s’enferme dans des batailles défensives à l’assemblée sans espoir au lieu de reprendre la main d’une manière neuve en ouvrant les vannes de la transparence, on en a la tête qui tourne…

 

Philippe Lentschener

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